7,1mm

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A Claire, à Pénélope, à Elodie, à Pierre, à Bruno, à Emilie, à Docteur Sébastien qui m’ont, à leur façon, aidé à écrire cette histoire. A Baptiste… pour toutes ces choses pour lesquelles je n’ai pas de mots, mais que tu lis dans mes yeux.

C’est l’histoire d’un couple, ils s’aiment s’aiment s’aiment comme tout le monde rêve de s’aimer. C’est très fort, très pur. C’est de l’amour avec des défauts, du bordel, pas de mensonges et donc peu d’égo.

C’est de la passion sexuelle, de longues discussions, des projets, des aveux de faiblesses et des câlins… Beaucoup. C’est de l’amitié, des fous rires, de la tendresse et de l’amour…beaucoup.

Appartement parisien- intérieur-nuit

Zoom

Le couple est assis sur le canapé, on les voit d’en haut.  Ils se prennent dans les bras, deux verres de blanc sec posés sur la table, les cigarettes fument dans le cendrier et l’album merveilleux de James Brown at the Apollo saute sur la platine vinyle.

Ils se serrent très fort l’un contre l’autre.

Zoom.

Elle pleure, fort. Il ferme les yeux et fronce les sourcils. Puis ils se sourient, parlent, repleurent, se taisent, se prennent dans les bras, fument, boivent, s’interrogent se projettent puis s’embrassent comme jamais. Ils hochent la tête, sans joie aucune, mais sereins, soulagés. De sa main il efface la dernière larme. « Je suis là ». Elle sourie.

Zoom.

Dans sa main un bâton. Sur le bâton, deux traits. Positif.

Zoom.

Dans son ventre, 7,1 mm de vie. Du rien qui l’a rend malade depuis quatre jours. Quelque chose qui n’a pas demandé à être là. Un ptit accident, qui va tout bouleverser. Un amas de cellules qui sait déjà qu’il est un peu en avance, de si peu, il va lutter.


Salle d’échographie- Intérieur-jour.

Allongée sur la table, la tête tournée vers le mur et une larme qui coule, le début d’une longe série douloureuse. Elle ferme les yeux à blesser ses paupières. La gynécologue qui n’est pas au courant de son dossier insiste.

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Elle pointe le doigt sur l’écran de contrôle et s’exclame en joie : « Parfait… oh ! comme il est tout petit… adorable… ce ne sera pas un gros bébé mais il est en parfaite santé…Voyez son rythme cardiaque se forme, hihi, que c’est beau ».

Zoom

Dans sa poitrine, des fissures par milliers, comme quand la terre sèche craque sous le rugissement caniculaire. Ca saigne dans son cœur, ça vit dans son ventre.

« Je ne le garde pas »

« Alors ne regardez plus » reprend sèchement l’infirmière.

Planning Familial- Intérieur-jour.

« A votre âge, êtes-vous sûre de votre décision… N’allez-vous pas regretter, vous savez ce n’est pas comme à 15 ans où c’est « normal » de ne pas le vouloir. Vous êtes sûre ? Vous pourriez accoucher et le faire adopter, il y a tant de femmes… »

Elle se lève et court vomir dans les toilettes de cet affreux endroit. Elle a besoin de lui de ses bras, mais il n’est pas là et ne rentre que demain.

Elle revient et plus assurée reprend

« Nous en avons parlé toute la nuit, notre vie n’est pas saine pour un enfant, on travaille comme des dingues, ce n’est pas l’heure, je le sens. Je veux faire un bébé souhaité, je ne veux qu’il soit la cause de rêves avortés, je ne veux pas lui en vouloir. On veut l’accueillir les bras ouverts, on veut l’attendre et l’espérer… on ne veut pas seulement l’accepter, on veut le désirer. »

Regard acide. Jugement. Mépris. Honte.

Zoom

Le cœur en miettes est desséché. Il n’y a plus de larmes, plus de vie, plus d’énergie.

Le reste du temps elle l’a passé à vomir. A pleurer, à rendre tout ce qui essayait d’entrer. Sauf l’amour. L’amour de celui qu’elle aime. Il lui a tenu la main, si fort que l’empreinte est désormais indélébile. Le dire aux autres ? Ils ne comprendraient pas, nous jugeraient… Les gens n’ont pas bon fond, ils aiment trop le sale pour ne pas écorner notre couple.

« Suis-je sûre de ma décision ? » se dit-elle.

Alors les 7,1mm se rappelle à son souvenir et désormais sa vie est rythmée, dictée… plus rien n’est possible, ni même écrire des choses légères ou drôles pour les gens qui l’aiment bien et suivent ses récits.

Dans 3 semaines c’est noël.

Toilettes- intérieur- nuit

Zoom

On distingue une tête enfoncée dans les toilettes, voilà trois jours qu’elle n’a plus rien avalé. Elle vomit, du vide, comme s’il elle essayait de l’expulser par la bouche. Elle le maudit, ses yeux sont rouges, gonflés, elle refuse les visites et doit s’expliquer « je suis super malade, je vais me faire opérer, tout ira mieux, non non ne passez pas… je suis dans un état lamentable »

Zoom

Ses mains tremblent. Rongées jusqu’au sang. Ses larmes brûlent ses yeux. Il entre dans l’appartement. Il la trouve affalée, par terre, tête contre le mur des toilettes et lui dit : « je suis là mon coeur». Elle peut s’endormir.

Deux semaines, tout cela n’aura duré que deux semaines et pourtant. Ce n’est pas les 10 kg perdus, la tension faible, le quotidien greffé la tête dans la cuvette, les larmes, les doutes et cet incontrôlable amour qui nait pour ces 7,1 mm de vie.

Cette échographie et cette forme qu’elle connait désormais par cœur, même qu’on dirait Yoda ce bébé… Et si ?

A 00h10 le 8 décembre 2009, elle a pris un comprimé de cyotec. A 05H10 le 08 décembre 2009, de fortes contractions l’ont conduite aux urgences. Hémorragie, perte de contrôle, vomissement, douleur et celui qu’elle aime et son regard de douleur et de peur. La voir par terre gémir, convulser.  Et ses mots. Et mordre sa langue dans le taxi pour ne pas hurler, pleurer. Et par terre sur le carrelage froid de la clinique déserte, vomir dans le sac en plastique, animal sans dignité devant lui, qui cherche de l’aide.

Et eux solides, main dans la main. Plus rien ne sera comme avant. « Et si on essayait que ce soit encore plus fort ».

Elle est sortie à 14h30.

Elle n’était plus malade. Aucune odeur ne lui était insupportable. Tout avait repris son cours, elle a  même mangé et a tout gardé.

Le ventre plein elle lui a souri.

Puis elle a pleuré. Jamais elle ne s’était sentie aussi vide de toute sa vie. Elle qui avait passé deux semaines en enfer, son corps rejetant cette enfant avec une force si destructrice… Elle ne sentait plus rien et ça l’a rendu triste de penser ainsi.

7,1 mm c’est rien. Mais pas un jour ne passe sans qu’elle y pense. Son cœur se remet petit à petit, panser par celui qu’elle aime et qui désormais, elle en est certaine, sera le père de ses enfants. Ils en parlent, ils en rient : « plus tard… » disent-ils en cœur. Ils parlent aussi de ce petit drame, si courant, et pourtant si dur. Pour elle surtout, mais quand il la serre très fort, un peu trop longtemps elle sait qu’il a beaucoup souffert aussi.

Bureau-Intérieur-jour

Elle tapote sur son ordinateur. Elle expulse par les mots ce qu’elle aurait dû dire il y a bien longtemps. Elle s’apprête à partager tout ça avec pleins d’inconnus, mais aussi des proches qui ne sont pas au courant.

Zoom

Elle copie/colle son article dans l’interface de son blog et ferme les yeux pour le publier.

7,1 mm de vide. Elle se dit qu’il n’y a que l’amour qui peut le combler.

Je n’oublierai jamais le 8 décembre 2009, je n’oublierai jamais que 7,1 mm ce n’est pas rien. Je ne t’oublierai jamais. Pardon de ne pas avoir été prête. Merci de nous avoir renforcés.

Merci de nous avoir donné envie de nous aimer et de croire que cela pourrait être,  pour le restant de nos jours.

76 commentaires sur “7,1mm”

  1. Poussine dit :

    Ce qui est le plus choquant (et le plus triste en quelque chose), c’est l’attitude méprisante du personnel hospitalier, d’avoir besoin de se justifier pour un acte responsable et réflechi.
    Pour toutes celles qui ont connu la même situation, merci pour ce récit.

  2. SnoiD dit :

    Simplement , Navie je te souhaite renforcement de ce beau et magnifique amour (ça donne de très belle photo en plus :) )

  3. DeH dit :

    Parler d’un sujet aussi intime n’est pas facile et surtout dans la société normalisatrice et conformiste dans laquelle nous vivons. Merci d’avoir partagé cela avec tes lecteurs, du fond du cœur.
    Pour que l’avortement ne soit plus un tabou !

  4. Cath dit :

    <3

  5. buz dit :

    outch! émouvante votre histoire :’)

    très bien raconté

  6. mamzelleka dit :

    Il n’y a que l’amour qui peut le combler, oui. C’est beau ce raisonnement et je vous souhaite, comme SnoiD, d’être toujours plus amoureux et de transformer ce « plus tard » dont vous riez aujourd’hui en « bientôt » lorsque vous le souhaiterez. Merci pour tes mots, merci d’avoir partagé cela ici.

  7. drenka dit :

    pense à toi

  8. pascale m. dit :

    Pas de jugement à porter. Un choix mûrement réfléchi, à deux qui plus est, forcément le bon, puisque c’est le vôtre et que ça vous concerne vous seuls. Beaucoup d’amour et d’humanité dans ces mots, pour un très beau texte d’une très belle personne :-)

  9. Quine dit :

    Je ne vois que de l’amour ici, contraste douloureux avec ceux qui pourtant devraient comprendre …
    L’amour qui permet de surmonter le choix si difficile …
    Je vous souhaite tout le bonheur du monde !

  10. Chipo dit :

    Merci pour ce texte magnifique et plein de pudeur sur un sujet aussi personnel et difficile. Ce choix n’appartenait qu’à toi, qu’à vous… Plein de pensées pour vous deux.

  11. Eusebio dit :

    Bouleversant témoignage.
    Douce pensée à cette inconnue, qui l’est beaucoup moins pour nous étant donné tout ce qu’elle nous permet de lire d’elle.

  12. Esme dit :

    J’ai juste envie de vous faire un gros hug à vos deux! Cette décision est la vôtre pour quelque raison que ce soit. Il y a une phrase que je me répète sans cesse et qui resonne aujourd’hui encore: « je te demande pas de me juger juste de respecter mes choix » Des grosses bises

  13. Nyo dit :

    Ouah. Réussir à me coller des frissons avec une histoire pareille, c’est fort.

    Toutes mes pensées vont vers toi et ton Monsieur, Navie. Reconstruisez-vous au plus vite, de la meilleure des façons, et encore plus fort qu’avant.

  14. marion dit :

    Mais qui peut se permettre de juger?
    Et qui peut penser qu’il s’agit d’une décision simple?
    Courage et bonne reconstruction, vous avez de la chance de vous avoir …

  15. Lula dit :

    Même si on ne se connais pas trop trop,une pensée pour toi. Limite je m’en veux d’avoir rien vu. Bisous

  16. Jessica dit :

    Je n’ai jamais posté ici et pourtant je lis ce blog depuis quelques temps..
    Tu as été courageuse, les connasses qui t’ont jugée sont uniquement des mal baisées (ouuuh vulgaire)
    Un avortement c’est dur donc pas la peine que ces connes en rajoutent en te mettant dans le crâne que tu es une criminelle
    Ton corps t’appartient et tu as un homme ne or qui t’a soutenu, le reste tu t’en fous envoie les chier

    Toi et ton prince aurez un bébé désiré qui aura des fucking parents <3
    La vie réserve des surprises.. Je fus un bébé conçu après un avortement décidé par mes deux parents (comme quoi je les remercie de pas avoir gardé le premier), je fus désirée et aimée plus que tout, ma mère repense souvent au premier mais n'a jamais regretté d'avoir attendu pour m'avoir

    Bref un racontage de life qui est pas intéressant mais qui j'espère t'aidera un tout petit peu

    Courage et bisous…

  17. une elle dit :

    Autre vie, autre histoire.
    « Nous » avons essayé très fort, mais « lui » tout à coup a décidé de partir avec « une autre elle ». « Je » suis seule, et vide aussi, d’un vide de ces 7,1mm qui auraient pu (dû…) être là, et pas de ceux qui ont été là sans qu’on le souhaite. Mais aussi pleine d’espoir, qu’un autre « lui » se présente un jour.
    A chacun sa douleur, et personne ne peut ni ne doit la juger.
    C’est mon premier commentaire, mais ton texte m’a trop touchée pour que je reste muette. Je t’offre mes larmes et mon soutien, ce n’est vraiment pas grand chose, mais c’est tout ce que j’ai. Bon courage et profitez de la chance que vous avez de vous avoir. Et aussi pardon de m’être permise de partager ma douleur.

  18. M@T D. dit :

    Très touchant… J’ai eu du mal à contenir mes larmes…

    Toutes mes pensées pour vous et votre amour.

  19. Courage dit :

    Courage Navie…

    Pour répondre au premier commentaire, une de mes amie a déjà vécu un avortement, et en effet, un de ses pires souvenirs reste le mépris, le regard du personnel médical. Dans certains pays, il y a des centres spécialisés pour les avortements, avec un suivi psychologique associé. A quand en France ?

  20. Fred Bird dit :

    Tu as eu entièrement raison, pour tes futurs enfants, de leur éviter des regrets.

    J’en ai deux et les ai peut être faites un peu tôt, c’est beaucoup de bonheur mais aussi beaucoup de pression, sur le couple et sur ta vie.

  21. Kyrieleve dit :

    Un texte incroyablement émouvant … Je ne trouve pas les mots exacts pour dire à quel point j’ai été touché à cette lecture.
    Et je trouve encore moins les mots pour exprimer de la part d’une inconnue un soutien bien dérisoire j’en ai conscience … mais visiblement necessaire au regard de certaines réactions que tu as du subir …
    Bon courage à vous deux.

  22. Une qui passait par là dit :

    <3
    <3
    <3

  23. S dit :

    il y a 9 ans j’ai fait ce choix, seule, mais pour quasi les mêmes raisons. Une part de moi est partie avec ces quelques centimètres..mais aujourd’hui 9 ans après, si je me demande parfois quelle serait la couleur de ses yeux, ou s’il aurait ressemblé à son père, je sais que j’ai pris la seule décision possible.

    Et..j’ai un vécu similaire pour le personnel « soignant ».

    Pensées.

    S

  24. Fleur dit :

    Ah la pilule abortive, soit disant super avancée…mon cul ! En fait on en chie encore plus qu’avant lorsqu’on te faisait une anesthésie ! parfois je me demande si ce n’est pas fait exprès.
    Jolie histoire. j’ai vécu moi aussi un avortement qui n’a rien eu à voir avec ce qui t’es arrivé car franchement je n’ai eu aucun symptôme particulier outre une envie de dormir décuplée et des seins qui ont gonflés sans s’arrêter pdt 3 semaines :-) je n’ai pas non plus été traumatisée…je n’en voulais pas c’est tout.
    Moi en revanche, ca m’a fait comprendre que mon mec n’était pas l’homme de ma vie !

  25. pechiga dit :

    Pour l’avoir vécu aussi (en couple) alors que je suis déjà maman, je sais que tu as bien fait d’en parler. C’est dûr, l’avant est comme dans un cauchemar et l’après, difficile qui te laisse déboussolé. On se trouve différent et on se voit autrement . Après c’est toujours facile de se dire, on aurais pu… Mais c’est bien de penser que tu devra être disponible pour votre enfant et de ne pas lui en vouloir  » d’être passé à côté de ma vie pour toi ‘ »
    Bon courage ma belle et puis tu peux t’appuyer sur l’épaule du fucking prince. Il est là. C’est une étape
    Je vous embrasse

  26. zaza dit :

    Ton silence n’était pas anodin, le silence n’est jamais anodin…

    Une dure épreuve qui vous renforce et c’est tant mieux !

    bises douces des mers du sud pour atténuer la souffrance, et que le mistral emporte très loin tes peines

  27. Patchouli dit :

    Merci pour ce beau témoignage ! Très touchant….
    Et merci pour tous ces autres articles que j’adore……
    Le tout est plein d’humanité et de vie……

    Bon courage à vous deux et contente que votre amour se soit encore renforcé…..

  28. Ninitiou dit :

    J’aurais pu l’écrire. Moins bien c’est certain mais… Enfin voila. Tu sais… Hein? Ouai, rien que ça. Merci de m’avoir sortis les mots de la tête. Je sais pas si ça fait du bien mais ça libère… Enfin je crois.

  29. letilor dit :

    oh lala tu m’a fais verser une larmes, ton texte est tres emouvant .

  30. Claire la rousse dit :

    Plein d’amour pour Bap et toi.

  31. sissi dit :

    Bravo d’avoir partager ces mots/maux.
    J’en ai pleuré car le passé c’est rappelé à moi.
    On se voit de temps en temps mais je l’apprends.
    Tu as rencontré mes 94 cm de bonheur !
    Le votre arrivera aussi quand il sera temps.

  32. M@Nu dit :

    Depuis… quoi… 2 ans peut-être que je suis ton blog, j’ai déjà pris une ou deux claques mais là c’est la plus belle.
    Un article sur quelque chose de si personnel et aussi bien écris, bravo et merci. Merci de nous faire rire et réfléchir (pleurer me semblais un poil trop fort).

    Courage.

  33. Vodka Tonic dit :

    J’aimerais te dire tout ce que je ressens à la lecture de cette note mais je ne trouve pas les mots. sans doute beaucoup trop d’émotions d’un coup. Au dela de la souffrance que tu as vécu, je trouve ton texte très beau et plein de vie contradictoirement, sans doute parce qu’il déborde d’amour.
    je m’arrête là parce que je n’arrête pas de commencer des phrases sans arriver à les terminer et de les effacer. Un dernier mot cependant, l’envie de te dire que tu as tout mon soutien.

  34. Pretty Woman dit :

    Très beau récit, poignant et nous parlant à toutes, que nous ayons fait ce choix ou non. Tu as très bien exprimé tes envies, tes regrets et tous les « si » qui vont avec cette expérience si particulière pour les femmes, ce « vide » qu’on ne peut expliquer aux autres et que seules celles qui l’ont vécu peuvent partager avec nous.
    A la décharge du personne médical, je travaille dans un grand CHU en province en tant que secrétaire médicale ; dans ce CHU, le personnel qui est nommé dans le service « d’orthogénie » n’est pas volontaire, il est nommé et puis c’est tout ! et c’est bien là le drame… parce que certain(e)s ne sont pas en faveur de l’avortement et quand ça va à l’encontre de ses propres convictions il est parfois difficile de ne pas le faire ressentir aux patientes. Ma meilleure amie, catholique, pratiquante, a été nommée dans ce service alors qu’elle avait spécifié qu’elle ne voulait pas y aller du fait de ses convictions justement.. Heureusement, elle est intelligente et surtout tolérante (comme on aimerait que tous les « religieux » toutes religions confondues le soient) et elle a finalement beaucoup appris des femmes en souffrance, de part leur décision, qu’elle a rencontrées dans ce service .
    Je travaille moi aussi dans un service très particulier de cet hôpital, à savoir l’infirmerie de la Maison d’Arrêt ; dans cette unité, nous sommes tous volontaires, aucun n’a été nommé sans l’avoir souhaité ; il faudrait simplement appliquer cette même pratique aux services d’Orthogénie de tous les hôpitaux français… mais quand prendront-ils, nos grands pontes, cette décision pourtant évidente ?
    En tout cas, Navie, je t’envoie mille bisous ainsi qu’à ton Prince…

  35. magui dit :

    câlin.

  36. J’en ai les larmes aux yeux…

  37. Cepplu dit :

    Je suis désolé…

  38. Ellis Lynen dit :

    Moi non plus, je n’ai jamais commenté ton blog Navie; pourtant j’en suis une lectrice assidue et je rêve de pouvoir un jour écrire comme tu le fais. J’étais habituée au ton ironique et vulgaire, voilà que tu me prouves que tu sais faire passer ton âme dans tes articles. Chapeau !

    Je suis navrée de ton ressenti, de ton histoire. On ne se construit pas que sur des nuages roses et des licornes. Ce qui me désole le plus, c’est finalement de voir comment toi tu as vécu « votre » avortement, notamment du point de vue du personnel hospitalier. Etant moi-même étudiante sage-femme, je ne peux que m’excuser pour l’ensemble des professions d’obstétrique.

    Sache que ton témoignage me restera en mémoire, comme une piqûre de rappel. Je te remercie de nous en avoir fait bénéficier.

  39. Anagrys dit :

    Juste une petite larme… heureux printemps à vous !

  40. Amandine dit :

    Comment transcrire par des mots si touchant et si doux quelque chose d’aussi dur. Merci j’ai envie de dire, même si ce n’est pas le bon mot. Merci à lui d’avoir été là. Hey copine, sois forte. On pense à toi.

  41. Niña dit :

    Câlin.
    J’ai toujours eu peur de devoir faire ce choix. J’aurais pu ressentir tout ça. Et si ça m’arrivait ?
    Câlin et respect.

  42. Bintz dit :

    Pfffffou. Pas le genre de choix anodin, au final vous avez l’air d’en avoir tiré le meilleur, c’est l’essentiel même si ça marque à vie.

    Très joli texte en tout cas. D’ailleurs je préfère quand tu écris « Baptiste » que quand tu parles du Fucking Prince. ;)

    Des bisous.

  43. Gwen dit :

    Scotchée….

  44. célibataire masqué dit :

    Putain, il est ouf ce fucking prince.
    Moi si j’étais un prince, jvoudrais être celui-là.

    @navie : belle histoire bien contée.. (enfin, chargée d’émotion, quoi..)

  45. pineapple dit :

    courage

  46. 7,1cl de larmes qui sont sorties de mes yeux
    Bien au chaud chez moi, même si personne ne les as essuyées

    7, 1 min a avoir la gorge tellement sérrée que j’ai eu peur de plus respirer

    Plus de souvenir de ça, parce q’il n’est plus là pour serrer ma main et me dire « ça ira bébé »
    Hier soir, ta plume a ouvert les vanes, Hier soir, je t’aurais croisée dans la rue, je t’aurais sauté dessus et je t’aurais fait un câlin, sans que tu saches pourquoi.

    Y’avait un vide énorme en moi, tu l’as un peu rempli… merci

    et calin aussi

    Et j’éspère bien que toi et le Fucking Prince, vous allez avoir un bonheur tellement insolent toute votre vie, que vos potes vous offriront des tasses coordonnées!!!! (ouai euuh bon ok?:!!)

  47. Galadrielle dit :

    On ne se connaît pas, mais j’ai une terrible envie de t’apporter tout mon soutien. Courage.

  48. Kroz dit :

    Il est beau ce texte.

    Je vous souhaite plein d’amour, à tous les deux.

    Bises

  49. Kaly dit :

    Une histoire qui m’a tiré les larmes des yeux. Dans mon monde idéal à moi, on ne devrait pas à subir un tel dilemne.

    J’espère de tout coeur que beaucoup de bonheur comblera ces 7,1mm de vide.

    Un gros bisou à toi et au fuckin’prince, même si nous ne nous connaissons pas.

  50. Lulu dit :

    Pas grand chose à dire… juste envie de laisser une trace… Courage, amour, maturité, amour, fragilité, amour… Que dire après un tel texte…
    Fucking prince, prends bien soin de ta belle ♥ Vous méritez d’être heureux tous les deux.

  51. Fanfan dit :

    17 mm… de vide et la certitude d’avoir choisi pour le meilleur, de choisir.

  52. loravioli dit :

    Tu parles d’une chose si courante et pourtant avec tellement d’émotion et d’intensité que j’en ai eu les larmes aux yeux. Cette histoire tu nous l’as fait vivre. Pitié pour ceux qui jugerait sans connaitre, tu as fait un des choix le plus dur de ta vie ce jour-là je pense, mais j’ose penser que c’était le bon. Votre histoire à tous les deux, malgré ce malheur donne envie d’être vécu par tous, car vous avez ce que beaucoup oubli: CET amour. Bonheur à vous et vos futurs enfants… :D !

  53. Messounette dit :

    Longue vie aux amoureux. Vous venez de traverser une épreuve qui vous a rapprochés : félicitations car il n’y a rien de plus beau à mon sens que de s’aimer encore plus.

    Mais tu m’as presque fait culpabiliser d’être heureuse et de me réjouir de ces quelques centimètres qui grandissent dans mon petit bidon … :p

  54. tina dit :

    Wow, je n’avais jamais pleurer en lisant quoi que ce soit, mais là…les larmes coulent.
    Plein d’amour à une blogueuse qui m’est (in)connue.

  55. Zazou dit :

    Je découvre ce matin ton blog, par hasard en me balladant sur le net.
    Et puis ce texte défile sous mes yeux et me fait revivre un des instants les plus durs de ma vie.
    C’était il y a 7 ans déjà. Je sais que j’ai fait le bon choix pour lui, pour moi, pour le futur bébé. J’ai senti à l’époque que ce n’était pas le moment, que les conditions n’étaient pas là et que lui n’était pas le bon. Et j’avais raison. Nous nous sommes quités quelques temps après et j’ai réussi à « survivre » seule avec cet instant.
    Et puis un jour, heureusement, j’ai rencontré mon prince et là, le moment était venu. Aujourd’hui je ressens toujours ce vide parfois. mais mes 2 ptis gars de 4 ans et 18 mois le comblent et me le font enfouir au plus profond de moi.
    Avec le temps, ca passe même si on en garde une trace. Ca nous marque mais ca nous fait avancer, comme toutes les épreuves de la vie.
    Tu verras, quand le moment sera venu pour vous, il en sera encore plus beau, plus fort, plus incroyable.
    ps : ta façon d’écrire est magique… je vais donc continuer à te lire !

  56. Xéna dit :

    Bonjour navie, je passe par hasard sur ton blog, je t’ai découverte dans ladies room. Je suis touchée par ton histoire car j’ai vécu la même chose il y a 2 presque. J’avais 22 ans. Et c’était pour mon anniversaire en été 2008. J’ai tout vécue seule car le « père » m’a fait du chantage et ne voulais pas que le garde « si tu reviens ce sera sans le gosse » après il m’a tellement dégouté que j’ai voulu le quitter et garder l’enfant et la il a changé « ok on garde l’enfant mais on se remet en couple hein », enfin une guerre ouverte entre nous est né. Finalement il ne m’a pas aidé pour les démarches ni psychologiquement, alors je l’ai quitté. C’est a ce moment qu’on voit qu’un homme a des couilles. J’avais 22 ans tout juste puisque j’ai découverte que j’étais enceinte le soir de ma fete d’anniversaire, j’étais étudiante, chez mes parents. A la PMI on m’a mis la pression pour que j’avorte car trop jeune/étudiante/chez ses parents/ avec un connard de mec dans sa vie. Alors que la principale concernée que j’étais voulais absolument le garder. J’ai fini toutefois par les écouter a cause de mes ambitions professionnelles. Depuis je suis meurtri, j’enchaine les mauvais coups comme on collectionne des timbres. Je me suis retrouvée seule à avorter sur la cuvette de mes toilettes avec des contractions super fortes avec la nausée, finalement ma crevette s’en ai allée dans des canalisations. L’avortement est quelquechose d’horrible, qui marque à jamais, je suis heureuse que tu ais pu avoir un homme a tes côtés et je te souhaite beaucoup de bonheur à venir. Ca n’est pas evident, le manque d’empathie du personnel médical et des proches parfois pour les moins chanceux d’entre nous c’est vraiment dur à vivre.
    Bises
    Et passe nous voir un peu de temps en temps sur ladies room. Ca fait longtemps.
    Xena

  57. lili dit :

    Première fois que je viens sur ton blog, sur « Empty House » de Air. Et là, cet article qui m’appelle, qui me ramène à moi, il y a 3 mois déjà.
    Je n’ai pas trouvé les mots pour l’écrire. Je me sens moins seule de te lire.
    Merci.

  58. morganeange dit :

    bonjour, je viens tout juste de te lire…
    Expérience similaire et très douloureuse il y a trois ans, mon homme était avec moi…Personnel hospitalier ultra méprisant, désagréable et castrateur… incompréhension, douleur, jugement des tiers et D’immenses regrets mais pour aujourd’hui le meilleur…
    je porte la vie à nouveau depuis six mois, par choix, par envie, et avec délice… c’est un petit homme qui n’a pas demandé à venir mais que je vais accueillir avec tout l’amour dont je suis capable.
    je t’apporte tout le soutien dont je suis capable et vous souhaite tout le bonheur possible…

    et surtout un gros calin :)

  59. Rouge dit :

    Quelqu’un m’a mené ici pour me dire que c’était l’un des plus beaux textes qu’elle avait lus sur les blogues. Merci, cela m’a émue, moi qui aie choisi d’en garder et choisi d’en perdre.
    Avec ta permission, j’aimerais mettre un lien sur mon blogue vers ce texte.

  60. DrMorisset dit :

    4e paragraphe : « elle sourie »
    ça m’empêche de lire la suite.
    (j’veux dire : pourquoi pas « elle souriS » avec un S comme une souris verte quoi!)

  61. S. dit :

    Perso je suis outrée par l’attitude du personnel médical. Je pensais qu’ils n’avaient rien à dire – enfin, ils n’ont rien à dire – qu’ils se contentaient d’apporter l’aide médicale qu’on leur demande sans envenimer les choses à côté.

    C’est juste triste.

  62. Véro dit :

    Je suis passée par là, il y a déjà des années.
    Je n’ai jamais regretté mon choix.
    Et même si la vie a fait que je n’ai pas eu d’enfant par la suite, et que j’en aurai jamais (j’ai dépassé la date), je ne regrette toujours pas.

    On prend des décisions, à un instant T, et à ce moment là, la décision est une évidence.
    A un autre moment, on n’aurait pas forcément pris la même décision, mais il faut faire confiance aux évidences de l’instant.

    A aucun moment, quand je vois des enfants, je pense à celui que j’aurais pu avoir.
    C’est du passé, c’est digéré.

    J’ai de la chance, sans doute.

  63. leyleydu95 dit :

    Bonjour Navie,
    j’ai découvert votr blog il y a peu grace à Caro (pensées de ronde).
    J’ai avorté de mon (futur) mari il y a 8 ans car nous nous connaissions depuis 2 mois et notre histoire était encore à l’état d’embryon…elle aussi…
    Je ne voulais pas imposer cela à mon jeune compagnon de l’époque et j’étais moi même en période d’essai et pas encore très mure dans ma tête;le 13 juillet 2002, je suis donc allée pratiquer une IVG…pas de traumatisme pour moi car j’étais bien entourée et mon jeune amant était près de moi ce jour là…C’est d’ailleurs là que j’ai su qu’il serait toujours là pour moi …
    Pas de regrets…Nous sommes mariés depuis 6 ans maintenant et parents d’un petit garçon de presque 3 ans.

    Des femmes se sont battues pour qu’une loi existe et permette aux femmes de disposer de leur corps comme elles l’entendent…Je vous souhaite autant de bonheur que j’en ai eu à annoncer ma 2eme grossesse à mon mari…car nous étions fins prêts à accueillir cet enfant dans d’excellentes conditions.

  64. Juliette dit :

    Tres beau texte. Je suis moi meme passee par la mais pas avec la bonne personne heureusement donc ca a ete plus facile. Il faut etre pret c’est vrai ! Excellente continuation !

  65. Juste sublime, très bien dit! toutes les émotions, la confusion, le droit de pas être encore prête. Ton texte m’a beaucoup touchée! Bravo!

  66. kmille dit :

    Je suis sans mots, juste avec une petite larme au coin des yeux.
    Tu dois savoir que j’ai vécu ces questionnements de très près, je crois qu’on peut être fières de nous, d’avoir réussi à nous écouter et à nous assumer, chacune à notre façon…
    Je t’embrasse

  67. milie dit :

    merci.

  68. Sans importance dit :

    Je ne saurais dire autre chose que je suis désolée. Il y a un moment où tu n’y penseras plus. Enfin, vu la date du post je suis un peu en retard..

    Courage, ne te sens pas coupable de quoi que ce soit, c’est ton choix, c’est tes 7.1 mm et donc tu as fais ce qu’il valait mieux pour toi, qui pourrait t’en blâmer ?

    Courage.

  69. Ingrid dit :

    merci pr ce beau texte. Pas facile de partager ça…
    ça ne rappelle pas de bons souvenirs chez moi, mais ça fait remonter bcp d’émotions.

    mille pensées pour toi <3

  70. dit :

    Tu es parfaite.

  71. Grenouille dit :

    Je passe longtemps après tout le monde, juste pour dire que cette histoire, mis à part la méthode employée, c’est exactement la même que la mienne. Prince Charmant à mes côtés, me soutenant et m’épaulant, les larmes, le « Regardez, son coeur qui bat » et quand je lui dis que cela tombe très mal, son refus de l’accepter, cette conne d’échographe. Pas de gel sur le ventre, pour moi, non, une sonde vaginale, sans prévenir, et sans douceur, alors qu’on m’a fait boire deux litres de flotte avant. Les odeurs qui te retournent l’estomac, la gerbe permanente, jusqu’au moment où tu comprends que c’est quand t’as la gerbe qu’il faut manger quelque chose, alors que l’idée même de manger te ferait vomir. Le rendez-vous fixé, enfin. La psychologue que j’accepte de rencontrer avant l’intervention, histoire de lâcher un peu de ma colère (Dieu sait que cet enfant se présente au pire moment qui soit, et Dieu sait que j’aime cet homme et que s’il y a au monde un type dont je voudrais l’enfant, c’est bien lui !), cette autre conne qui essaie pratiquement de me faire changer d’avis alors que ce n’est pas du tout ce qui je lui demande, je lui demande juste d’écouter et de compatir et surtout de fermer sa gueule et de laisser ses jugements au vestiaire !
    Cela a fait trois ans ce dimanche. Je ne le regrette pas. Je regrette profondémént d’avoir été obligée de le faire, mais j’avais tout fait pour l’éviter, une panne de stérilet cela arrive, et personne ne me l’avait dit.
    Le chagrin a été grand, mais la colère et la révolte l’étaient encore davantage. Je ne me sentais pas enceinte, je me sentais malade. Cela a duré trois semaines en tout et pour tout, mais pour moi cela fut une éternité.
    Ce qui me fait peur aujourd’hui, c’est la trentaine galopante, et l’éventualité que cet enfant que nous n’avons pas eu restera peut-être le seul que nous aurions pu avoir. Peut-être ne nous déciderons-nous jamais à le faire, celui que nous attendrions avec joie et impatience. Celui qui tombera bien. Ce que je sais, et où Prince Charmant et moi sommes d’accord, c’est que le prochain « accident », on le gardera. Mais peut-être qu’il n’y en aura pas. Et que je devrai cette fois faire le deuil de l’IDEE d’un enfant. C’est ça qui me fait peur.

  72. [...] question etc. D ans le genre je suis hyper dure avec moi, voir impitoyable. Sauf qu’il y a eu 7,1 mm. Et aussi forte que je puisse être, aussi entourée, aussi amoureuse aussi tout ça… [...]

  73. emmicatb dit :

    tout simplement merci…

  74. S. dit :

    Des mois après.
    J’ai pleuré. Pour lui, pour vous, pour eux, pour moi, pour tous les autres.

  75. MVO dit :

    Oh my god

    Comment tu le dis bien, tout ce que j’ai sur le coeur… ça soulage un peu, c’est comme si j’avais parlé un peu, en fait tu as parlé pour moi. J’en ai encore lourd sur l’estomac, le coeur, enfin tous ces organes qui se tendent et me font sentir différente, depuis quelques mois, mais quand même, ton écrit me soulage. Le fait que nous ne sommes pas des monstres, et qu’on peut avoir fait ce choix et en souffrir quand même. Un peu. Parfois. De temps en temps. Et puis aussi le renforcement de l’amour, tout. TOUT dans ce texte me rappelle moi lui nous et lui. Ou elle ?

    Et puis tu as un courage incroyable de relater ça ici, vraiment incroyable.

    Merci pour ces larmes, elles me font du bien…

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