
A Claire, à Pénélope, à Elodie, à Pierre, à Bruno, à Emilie, à Docteur Sébastien qui m’ont, à leur façon, aidé à écrire cette histoire. A Baptiste… pour toutes ces choses pour lesquelles je n’ai pas de mots, mais que tu lis dans mes yeux.
C’est l’histoire d’un couple, ils s’aiment s’aiment s’aiment comme tout le monde rêve de s’aimer. C’est très fort, très pur. C’est de l’amour avec des défauts, du bordel, pas de mensonges et donc peu d’égo.
C’est de la passion sexuelle, de longues discussions, des projets, des aveux de faiblesses et des câlins… Beaucoup. C’est de l’amitié, des fous rires, de la tendresse et de l’amour…beaucoup.
Appartement parisien- intérieur-nuit
Zoom
Le couple est assis sur le canapé, on les voit d’en haut. Ils se prennent dans les bras, deux verres de blanc sec posés sur la table, les cigarettes fument dans le cendrier et l’album merveilleux de James Brown at the Apollo saute sur la platine vinyle.
Ils se serrent très fort l’un contre l’autre.
Zoom.
Elle pleure, fort. Il ferme les yeux et fronce les sourcils. Puis ils se sourient, parlent, repleurent, se taisent, se prennent dans les bras, fument, boivent, s’interrogent se projettent puis s’embrassent comme jamais. Ils hochent la tête, sans joie aucune, mais sereins, soulagés. De sa main il efface la dernière larme. « Je suis là ». Elle sourie.
Zoom.
Dans sa main un bâton. Sur le bâton, deux traits. Positif.
Zoom.
Dans son ventre, 7,1 mm de vie. Du rien qui l’a rend malade depuis quatre jours. Quelque chose qui n’a pas demandé à être là. Un ptit accident, qui va tout bouleverser. Un amas de cellules qui sait déjà qu’il est un peu en avance, de si peu, il va lutter.
Salle d’échographie- Intérieur-jour.
Allongée sur la table, la tête tournée vers le mur et une larme qui coule, le début d’une longe série douloureuse. Elle ferme les yeux à blesser ses paupières. La gynécologue qui n’est pas au courant de son dossier insiste.
Zoom
Elle pointe le doigt sur l’écran de contrôle et s’exclame en joie : « Parfait… oh ! comme il est tout petit… adorable… ce ne sera pas un gros bébé mais il est en parfaite santé…Voyez son rythme cardiaque se forme, hihi, que c’est beau ».
Zoom
Dans sa poitrine, des fissures par milliers, comme quand la terre sèche craque sous le rugissement caniculaire. Ca saigne dans son cœur, ça vit dans son ventre.
« Je ne le garde pas »
« Alors ne regardez plus » reprend sèchement l’infirmière.
Planning Familial- Intérieur-jour.
« A votre âge, êtes-vous sûre de votre décision… N’allez-vous pas regretter, vous savez ce n’est pas comme à 15 ans où c’est « normal » de ne pas le vouloir. Vous êtes sûre ? Vous pourriez accoucher et le faire adopter, il y a tant de femmes… »
Elle se lève et court vomir dans les toilettes de cet affreux endroit. Elle a besoin de lui de ses bras, mais il n’est pas là et ne rentre que demain.
Elle revient et plus assurée reprend
« Nous en avons parlé toute la nuit, notre vie n’est pas saine pour un enfant, on travaille comme des dingues, ce n’est pas l’heure, je le sens. Je veux faire un bébé souhaité, je ne veux qu’il soit la cause de rêves avortés, je ne veux pas lui en vouloir. On veut l’accueillir les bras ouverts, on veut l’attendre et l’espérer… on ne veut pas seulement l’accepter, on veut le désirer. »
Regard acide. Jugement. Mépris. Honte.
Zoom
Le cœur en miettes est desséché. Il n’y a plus de larmes, plus de vie, plus d’énergie.
Le reste du temps elle l’a passé à vomir. A pleurer, à rendre tout ce qui essayait d’entrer. Sauf l’amour. L’amour de celui qu’elle aime. Il lui a tenu la main, si fort que l’empreinte est désormais indélébile. Le dire aux autres ? Ils ne comprendraient pas, nous jugeraient… Les gens n’ont pas bon fond, ils aiment trop le sale pour ne pas écorner notre couple.
« Suis-je sûre de ma décision ? » se dit-elle.
Alors les 7,1mm se rappelle à son souvenir et désormais sa vie est rythmée, dictée… plus rien n’est possible, ni même écrire des choses légères ou drôles pour les gens qui l’aiment bien et suivent ses récits.
Dans 3 semaines c’est noël.
Toilettes- intérieur- nuit
Zoom
On distingue une tête enfoncée dans les toilettes, voilà trois jours qu’elle n’a plus rien avalé. Elle vomit, du vide, comme s’il elle essayait de l’expulser par la bouche. Elle le maudit, ses yeux sont rouges, gonflés, elle refuse les visites et doit s’expliquer « je suis super malade, je vais me faire opérer, tout ira mieux, non non ne passez pas… je suis dans un état lamentable »
Zoom
Ses mains tremblent. Rongées jusqu’au sang. Ses larmes brûlent ses yeux. Il entre dans l’appartement. Il la trouve affalée, par terre, tête contre le mur des toilettes et lui dit : « je suis là mon coeur». Elle peut s’endormir.
Deux semaines, tout cela n’aura duré que deux semaines et pourtant. Ce n’est pas les 10 kg perdus, la tension faible, le quotidien greffé la tête dans la cuvette, les larmes, les doutes et cet incontrôlable amour qui nait pour ces 7,1 mm de vie.
Cette échographie et cette forme qu’elle connait désormais par cœur, même qu’on dirait Yoda ce bébé… Et si ?
A 00h10 le 8 décembre 2009, elle a pris un comprimé de cyotec. A 05H10 le 08 décembre 2009, de fortes contractions l’ont conduite aux urgences. Hémorragie, perte de contrôle, vomissement, douleur et celui qu’elle aime et son regard de douleur et de peur. La voir par terre gémir, convulser. Et ses mots. Et mordre sa langue dans le taxi pour ne pas hurler, pleurer. Et par terre sur le carrelage froid de la clinique déserte, vomir dans le sac en plastique, animal sans dignité devant lui, qui cherche de l’aide.
Et eux solides, main dans la main. Plus rien ne sera comme avant. « Et si on essayait que ce soit encore plus fort ».
Elle est sortie à 14h30.
Elle n’était plus malade. Aucune odeur ne lui était insupportable. Tout avait repris son cours, elle a même mangé et a tout gardé.
Le ventre plein elle lui a souri.
Puis elle a pleuré. Jamais elle ne s’était sentie aussi vide de toute sa vie. Elle qui avait passé deux semaines en enfer, son corps rejetant cette enfant avec une force si destructrice… Elle ne sentait plus rien et ça l’a rendu triste de penser ainsi.
7,1 mm c’est rien. Mais pas un jour ne passe sans qu’elle y pense. Son cœur se remet petit à petit, panser par celui qu’elle aime et qui désormais, elle en est certaine, sera le père de ses enfants. Ils en parlent, ils en rient : « plus tard… » disent-ils en cœur. Ils parlent aussi de ce petit drame, si courant, et pourtant si dur. Pour elle surtout, mais quand il la serre très fort, un peu trop longtemps elle sait qu’il a beaucoup souffert aussi.
Bureau-Intérieur-jour
Elle tapote sur son ordinateur. Elle expulse par les mots ce qu’elle aurait dû dire il y a bien longtemps. Elle s’apprête à partager tout ça avec pleins d’inconnus, mais aussi des proches qui ne sont pas au courant.
Zoom
Elle copie/colle son article dans l’interface de son blog et ferme les yeux pour le publier.
7,1 mm de vide. Elle se dit qu’il n’y a que l’amour qui peut le combler.
Je n’oublierai jamais le 8 décembre 2009, je n’oublierai jamais que 7,1 mm ce n’est pas rien. Je ne t’oublierai jamais. Pardon de ne pas avoir été prête. Merci de nous avoir renforcés.
Merci de nous avoir donné envie de nous aimer et de croire que cela pourrait être, pour le restant de nos jours.












Ça c’est un calendrier Maya, depuis mes études au combien utiles pour ma vie professionnelle (une maîtrise d’histoire -_- ), j’ai une petite passion pour les calendrier d’av-JC, je trouve le mécanisme fascinant… voilà… j’ai conscience que c’est pas super bandant comme info 






Ces deux filles sont sublimes, et ont quelques tailles de différence… Kate Moss et la sublime 